14
Oct 2011

Les dettes souveraines

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Publié dans En clair, L'économie

En bref : Qu'est-ce que la dette souveraine ?

Pour se financer, les Etats émettent des titres qu'on appelle dette souveraine. Il faut distinguer la dette des Etats (= dette publique) de celles des acteurs privés de cet Etat (= dette privée). Toutes les banques européennes portent des titres d'Etat de la zone Euro, considérés comme une catégorie d'actifs très sûrs par les régulateurs.

Les marchés, c'est-à-dire les investisseurs qui ont prêté à ces pays, examinent régulièrement la situation de leurs débiteurs : s'ils ont confiance, ils continuent de prêter. S'ils perdent confiance, ils cherchent à récupérer leur investissement, et à vendre leurs créances. Une troisième voie leur est ouverte : continuer à prêter en exigeant une rémunération supérieure pour prendre en compte le risque jugé plus élevé.

A l'été 2011, l'endettement considéré comme excessif de certains Etats de la zone Euro est devenu un sujet d'inquiétude majeur pour les marchés financiers, qui craignent d'une part un défaut de l'Etat grec et d'autre part une contagion à d'autres pays, comme l'Espagne ou l'Italie par exemple.

En détail : Porter des dettes souveraines est-il devenu risqué ?

  • Pourquoi détenir des dettes souveraines ?

Les règles internationales qui s'appliquent aux banques leur font obligation de constituer des réserves, les fonds propres, qui établissent la proportion dans laquelle les banques pourront prêter à l'économie, particuliers, entreprises ou Etats, afin de financer leurs projets.

Les règles internationales imposent aux banques de constituer des matelas de liquidités, c'est-à-dire des dépôts en banque centrale ou des titres d'Etat considérés par les autorités internationales comme la catégorie d'avoirs la plus sûre et la moins susceptible de se dévaloriser. Les banques françaises comme toutes les banques présentes et actives dans les pays européens détiennent des titres d'Etat de ces pays.

Frédéric Oudéa, interview au Figaro du 21 septembre 2011 : "Si nous détenons des dettes souveraines, c'est parce que nous devons en avoir un stock pour faire notre métier qui est d'aider les gouvernements à la placer, donc à se financer. Et nous en possédons aussi parce que les régulateurs, quand ils ont écrit il y a quelques mois seulement les règles de Bâle 3, ont estimé que les banques seraient plus sûres si elles investissaient leurs liquidités  dans des titres de dette souveraine, réputés sans risque..."

  • Pourquoi avoir conservé les titres de l'Etat grec, qui est en difficulté ?

Dans le cas particulier de la Grèce, les banques françaises ont conservé leurs titres à la demande des pouvoirs publics afin d'aider ce pays, et donc la zone euro, à surmonter la crise actuelle. Il est l'intérêt de tous que cette crise soit rapidement réglée par les Etats dont la crédibilité en tant qu'émetteurs est mise en doute par les investisseurs. Il ne s'agit en aucun cas de spéculation.

  • Quelles seraient les conséquences d'une faillite de la Grèce pour les banques françaises ?

Détenir des titres d'Etat de la zone euro n'est pas pour autant risqué : le cas extrême d'un défaut de l'Etat grec serait gérable pour les banques françaises, compte tenu de la taille de leur bilan. Ces dettes de l'Etat grec représentent 8 milliards d'euros pour les banques françaises, l'équivalent de 0.4% de ce qu'elles prêtent à l'économie française.

  • Comment sortir de cette situation ?

Le problème de l'endettement des Etats ne peut être réglé que par les Etats. La question de la dette grecque nécessite un règlement politique concerté, comme l'ont décidé les pays de la zone euro via le plan de soutien à la Grèce du 21 juillet 2011. Il faut maintenant le mettre en oeuvre avec cohérence, afin de rassurer les marchés.

Plus généralement, les marchés attendent un signal fort de la part des Etats et des politiques, des actes concrets : pas seulement de la Grèce mais des pays européens qui sont lourdement endettés, au-delà des règles qu'ils ont eux-mêmes fixées. Tous ces pays sont en train de prendre des mesures pour assainir leur situation financière. C'est indispensable pour retrouver la confiance, clé de la croissance et de l'emploi en Europe.

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